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Media Coverage 2003

La vérité donne un choc !
Alexandre Vigneault - La Presse
Vendredi 21 mars 2003

L'industrie du disque devra se montrer audacieuse et imaginative si elle veut freiner la dégringolade des ventes de disques et fidéliser les jeunes consommateurs qui l'observent actuellement avec méfiance.

Six cégépiens et quelques experts le lui ont dit clairement et simplement, hier, lors de la première journée des Rencontres professionnelles parrainées par l'ADISQ: les albums se vendent trop chers, la radio commerciale ne rejoint plus les amateurs de musique et la solution doit, d'une manière ou d'une autre, passer par Internet.

Soucieuse de prendre le pouls de la réalité, l'ADISQ avait convié six étudiants, tous adeptes du téléchargement de fichiers musicaux en ligne. Dans un premier temps, ils ont exposé leur vision des choses: les disques sont trop chers, la qualité des chansons est inégale et les emballages sont chiches. «Tant qu'à avoir juste un disque et une feuille de papier avec les titres, ça ne me dérange pas de voir «Mémorex» sur mon CD», a dit une des invités.

Non seulement ont-ils été directs, mais aussi très honnêtes. Devant des dizaines de personnes qui gagnent leur vie à produire ou vendre des albums, ils ont sorti l'argument ultime: pourquoi payeraient-ils pour quelque chose qu'ils peuvent trouver gratuitement sur Internet? Un peu sur la défensive au début de la journée, les intervenants de l'industrie ont accusé le coup.

La «leçon de réalité» ne faisait que commencer. Kaan Yigit, de la firme Solutions Research Group Consultants de Toronto, leur a brossé un tableau encore plus inquiétant pour l'industrie: 39% des 12-14 ans et 57% des 15-19 ans téléchargent de la musique sur Internet. Les deux tiers des internautes estiment que ce n'est pas voler. Un crime «sans victime», a illustré M. Yigit.

L'idée, selon le consultant, c'est de «faire compétition à la gratuité». La chose n'est pas impossible, a assuré M. Yigit en exhibant... une bouteille d'eau. «Il suffit d'être différent. Votre défi n'est pas d'ordre musical, mais au niveau du marketing.» Le consultant a par ailleurs insisté sur le fait que le téléchargement sur Internet n'est pas la seule raison expliquant les ventes de disques et qu'il faut aussi tenir compte du fractionnement du budget destiné au divertissement: cinéma, DVD, jeux vidéo, disque, etc.

Philippe Le Roux, de VDL2, a pour sa part insisté sur une notion: l'adaptation. Selon lui, les options légales de musique en ligne (PressPlay, MusicNet, MusicMatch), c'est «trop peu, trop tard». L'habitude de gratuité est prise. Les producteurs de contenus doivent cesser de résister à la vague et utiliser Internet comme un outil. «Vos clients sont là où vous n'êtes pas», dit-il, en somme.

Tout au long de la journée, divers intervenants ont évoqué d'autres moyens de ramener les consommateurs dans les magasins: proposer des emballages plus attrayants, des prix plus compétitifs (13$ par disque compact), relancer un marché du single, offrir une valeur ajoutée (images, liens vers des sites Internet «privilégiés» où les fans auraient accès à des informations, des chansons et diverses promotions, etc.). L'adoption de nouvelles mesures légales a aussi été évoquée.

Qu'en pensent les cégépiens? Plusieurs croient un peu à la valeur ajoutée, mais estiment que les modèles payants de distribution en ligne proposés ne sont pas assez flexibles. L'effort d'adaptation leur paraît insuffisant. «L'industrie des jeux vidéo a eu le même problème de copiage que vous, a dit l'un deux. À 80$ le jeu, on était porté à les copier, alors ils ont inventé les jeux en ligne.» Mine de rien, il venait de montrer l'ampleur du défi qui attend l'industrie du disque.

Un défi d'autant plus grand que, comme l'un des modérateurs a eu le bon sens de le souligner, les parents de tous ces jeunes téléchargent eux aussi des fichiers musicaux sur Internet. Le problème n'en serait donc pas un de génération... Satisfait, mais sans doute un peu ébranlé par les discussions, le président de l'ADISQ a eu ces mots en fin de journée: «Ça fait mal, mais ç'a le mérite d'être clair.»

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